Citoyens…au boycott ?

Malgré toute la littérature l’encensant d’innombrables bienfaits, la privatisation ne s’est avéré être qu’un ingénieux plan opéré par la bourgeoisie afin de mettre main basse sur les richesses maraudées par les états-nations aux anciennes aristocraties et pouvoirs en place, et ce, suivant divers processus à travers le monde allant de la révolution à la décolonisation.

Une revanche des riches renvoyant dans les cordes l’intention égalisatrice d’une social-démocratie déballée sous l’impulsion d’une gauche phagocytée ayant perdu le sens de ses valeurs fondatrices qu’elle prônait avec tant de conviction juste avant de gouter à l’ivresse du pouvoir.

Terrible ça le pouvoir…

Une fois qu’on y met le petit doigt la main y passe. Happée par les strass et paillettes d’officines incompatibles avec les politiques austères de nivelage par le bleu de travail. Puis c’est le bras. Ensuite l’esprit. C’est dans l’ordre des choses. C’est dans l’ordre des hommes, perfectibles par nature. Mettez un ouvrier dans le cadre doré d’un palais-bureau et le confort environnemental s’occupera du reste. Une sorte de « darwinisme » politique se mettra insidieusement en branle, sous l’influence de groupes de pressions,  pour venir à bout de cette croyance ancrée durant des lustres dans l’esprit gauchiste : « l’assistance aux plus faibles », jugée dès lors contre-productive et accusée de facto de tirer les hommes comme les organisations humaines vers le bas en ne leur proposant aucun cadre digne et humain de développement.

Sur le plan social, cette gauche, devenue social-démocratie par une habile contorsion sémantique d’abord, ouvrit la manne grande au spencérisme. Une doctrine politique évolutionniste qui postule que la lutte pour la vie entre les hommes est l’état naturel des relations sociales. Son action politique préconise en corollaire de supprimer, ou du moins d’en entraver grandement le fonctionnement, les institutions et comportements faisant obstacle à l’expression de la lutte pour l’existence et à la sélection naturelle qui aboutissent à l’élimination des moins aptes et à la survie des plus aptes.

Rappelez-vous le « Nous sommes en guerre » très parlant de François hollande en  novembre 2015 et repris en écho par bon nombre de pays alignés. Un discours marquant la fin de l’état providence promptement remplacé par l’état d’exception justifiant la règle de la remise en question des piliers essentiels au bien-être social. Et si une telle politique à pu miner un pays hautement outillé de verrous institutionnels comme la France, imaginez l’impact sur un pays émergeant comme le Maroc dont le rêve d’aspiration à ce droit universel se retrouve tué dans l’œuf d’un  contrat social revu à la baisse en matière de doléances.

On comprend mieux alors les politiques drastiques mises en branle et justifiées par l’impérieux besoin sécuritaire. Politiques consistant principalement à revenir sur un grand nombre d’acquis sociaux obtenus après de longues luttes tout en garantissant une liberté d’action à la mise en place de la « start-up notion » dans la gestion d’un état où le despotisme dénoncé par moult auteurs d’anticipation (Orwell, Bradbury, boulle, king…) n’eut pas pour origine les expériences désastreuses fascistes  et communistes comme ils le craignaient mais  le passage de ce même despotisme des mains de l’état, sous l’égide d’une gauche mutante, à celles perverses de multinationales tentaculaires. Ces monstres sans frontières plus riches, plus puissants que les nations elles mêmes et venant directement dicter leur loi par l’entremise des lobbies, des médias, des traités (GATT,CETA, TAFTA…) jusqu’à imposer leur novlangue déshumanisée, leur culture d’entreprise merchandisée, leur globish débile mais « moderne », leur « valeur » travail, dans un système managérial totalitaire transposé dans la vie courante.

Pour l’exemple, en France, c’est le gouvernement du socialiste Jospin qui enregistra le plus gros chiffre de vente dans le processus de privatisation.

Au Maroc, comble de l’ironie pour une monarchie capitaliste, la vague privatisatrice fut également impulsée par un gouvernement de gauche sous les diatribes intarissables en vantant les bienfaits du ministre socialiste, Oualalou, fer de lance, avant pouvoir, du discours nationaliste d’une gauche jusque-là étatisante. A la différence avec la France que les groupes de pressions au Maroc ne se contentent plus d’exercer une influence externe à travers leurs différents lobbies mais s’invitent directement dans l’occupation des hautes sphères du pouvoir pour un accès direct au « taillage » de lois à la mesure de leur voracité indécente dans un pays où la grande majorité se cantonne à la limite du seuil de pauvreté.  Mais c’est vrai qu’en matière de festin on n’est jamais si bien servi que par soi-même

Si encore le système privé était efficace, si la concurrence faisait comme ils le prétendent baisser les prix, mais en vérité très vite tel groupe impose son monopole, son organisation lié au profit au marketing finit par coûter bien plus cher à la communauté et génère une administration kafkaïenne encore pire que n’importe quel système étatique.

Ce n’est donc plus une victoire du pragmatisme comme tente de nous le faire croire la nouvelle élite en place mais bien une guerre idéologique motivée par l’argent et qui représente au final le vernis affligeant de la pauvreté argumentaire de la barbarie financière au service d’une poignée de tarés cupides et mégalos.

Alors tel immonde gestionnaire de qualifier de « traîtres » ceux qui boycottent les produits de la centrale laitière.

Et tel étourdi ministre de qualifier « d’écervelés » les boycotteurs de marques détenues par des affairistes occupant de hautes fonctions dans une gestion lucrative de l’état tels que Aziz Akhannouch, ministre de l’agriculture et Miriem Bensallah à la tête du patronat (CGEM :confédération générale des entreprises du maroc) qui fait blocage au dialogue social exigeant encore plus de concessions de la part des syndicats dans l’élaboration du nouveau code de travail et dans la révision du montant des allocations familiales (200 dh par enfant actuellement soit environ 20 euros)

A prédation économique sur le terrain de la lutte sociale on ne peut répondre que par une sanction économique dont le Boycott en cours en ce moment au Maroc, quel qu’en soit l’instigateur,  représente une adaptation intelligente, et surtout pacifique, dans la lutte des classes défavorisées face au dictat de marchés où l’humain est devenu le bien le moins précieux, le plus abondant et en corollaire la marchandise la plus anodine.

Et comme l’a si bien énoncé Arundhati Roy, « la prochaine révolution se fera contre les grandes entreprises. Elles sont les réelles maîtres du monde, capables de créer les injustices et les inégalités tout en préparant les guerres. Mais elles étoufferont si nous refusons de les servir, de consommer leurs produits. Souvenons-nous qu’elles ont bien d’avantage besoin de nous que nous n’avons besoins d’elles »

Les multinationales sont aujourd’hui la nouvelle forme synthétique du totalitarisme et du fascisme réuni. Si l’état-nation jouait avec la peau du peuple, l’état « start-up » n’a d’autre but que de la vendre.

Aux peuples de la défendre intelligemment…

Elle est ce qu’ils ont de plus chair .

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