Les collusions sociales…

11h30, 21°2 d’une journée dominicale consacrée à ce qui, si non très utile, n’en reste pas moins une très nécessaire activité. Celle des courses au supermarché du coin où par obligation morale je fais abnégation du moi pour témoigner du mieux que je peux mon amour à mon prochain…Abordant toujours ce ravitailleur exercice avec tout le recul philosophique qui s’impose, TVA incluse en ces temps de crise en tout genre, je pris grandement sur moi afin de ne pas céder à la tentation de quelque forfait trucideur.

Je déambulais cahin-caha, mon chariot renâclant de la roue avant gauche, à travers les rayons, le regard attiré en priorité par les macarons rubescents prometteurs de rabais qui s’inscriront -lors du décompte critique par la maîtresse de maison sur la table de la cuisine- plus dans le genre « attrape nigaud ». Je contournais un groupe tout corps-nichons débordants de ménagères de moins de cinquante ans qui s’amusaient à ouvrir les bocaux de cornichons pour foutre leur nez dedans dans cette seule façon qu’ont ceux ayant évité de s’assécher le bulbe sur les bancs de l’école pour apprendre à lire une date de péremption. J’hésitai un moment puis repris mon exercice déambulatoire en réfrénant la forte envie d’enfoncer la tête de la plus grosse des bonobos renifleuses dans le bocal qu’elle contaminait sans vergogne. Je caressai sous mon pardessus la crosse de mon Bowie à double tranchant. Très pratique pour faire les courses et que l’on trouve rien d’ouvert…l’alibi de la « faute » sociale les avait sauvées…pour l’instant. Je virai sur la gauche et me dirigeai vers la caisse non sans foutre un gros coup de pied au derrière du gros goinfre, certainement marmot de la précédente meute ravageuse, en train d’éventrer les sachets de confiserie pour s’en mettre plein les mandibules et qui détala en braillant son « waaaa moui » de circonstance.

J’accélérai l’allure afin d’éviter d’inutiles représailles et débouchai finalement sur l’embouchure d’une caisse qui apparemment peinait à réguler le flot des poireaux prenant pied dans la glaise fertile de ce rutilant échantillon de société de consommation…

J’inspirai profondément une goulée d’air réfrigérée au rayon poissons, sorti mon journal, et pris place dans le rang des légumes. Je me dis que si l’irresponsabilité des générations était convertible en or, nous serions tous possesseurs d’un joli magot. Au contraire, c’est la dette qui s’accumule et très vite … Pardon aux non apparus. Nous n’avons pas mieux fait. Hormis aligner des propos périssables. Nous dénombrons nos pertes et la liste prend ses aises…

Je m’enfonçai lentement dans les eaux calmes de mes pensées philosophiques lorsque les paroles d’une belle femme tenant la queue devant moi (pas la mienne hélas) me sortirent de ma douce torpeur. Elle expliquait qu’elle s’était sacrifiée pour ses enfants. En voila un autre genre d’amour où l’abnégation est totale et surtout pas calcul (allah yesmehlina me loualidine). Elle continuait à l’intention de l’autre autruche peinturlurée devant elle, qui avait l’air d’être une grosse légume mariée certainement à une grosse huile (vous voyez le potage…) et qui lui vantait les bienfaits du club Med où elle avait passé ses dernières vacances. Elle lui assura que maintenant c’était fini, que les enfants étaient grands, et qu’elle allait se consacrer à elle-même. Le timbre de sa voix évoquait dans ma fertile imagination la vision de draps démontés par une nuit de fièvre où certains rêves abordent l’îlot de la conscience lorsque beaucoup restent noyés dans les plis…

L’avenir sentait le bouchon et cette femme n’en avait vraiment aucune idée… Amusons nous un peu décidai-je. Je me penchais du haut mes un mètre nonante cinq¹ et lui soufflais d’une voix grave (mais pas désespérée) dans le cou d’où émanait une douce odeur de paradis… :
-« mais madame, ho ho ho (c’est un cran plus bonhomme que hu hu hu vous remarquerez) le club med…ho ho ho (bis)…

Elle sursauta au départ puis, en se retournant et à la vue de l’image du beau brun mûr que j’offrais sans parcimonie à son regard (ben quoi ? le blog c’est fait aussi pour se redorer le plastron non ?), elle afficha un sourire mi figue mi beaujolais nouveau (c’est un cran au dessus dans le cycle de vie du raisin) en m’invitant gracieusement à poursuivre d’un regard où se mêlait de bien intime manière l’étonnement à l’approbation…

-« Nous sommes dans l’ère et l’air de l’immédiateté de l’action/réaction… Renchéris-je ! Tout le monde veut tout, tout de suite…pas de préliminaires à rien. Pas de remontées frétillantes aux sources claires de la noblesse des sentiments. On attend l’amour comme on attend l’autobus…en attendant le prochain. Le club Med, madame, c’est rien d’autre qu’une usine de rêve. On vous y vend des tranches de vies estmancolor d’une super production cécilbédemillienne où vous êtes le héros (l’héroïne, vous madame). Je tiens à vous mettre en garde. Les retours de ce genre de vacances sont comme un retour de manivelle qui vous envoie la réalité en pleines dents et là, vous êtes prêt à accepter tout que l’on peut vous faire faire. Vous acceptez votre condition de mouton, votre statut de zombie des cités en béton, votre conditionnement en thon dans ces boites de transport que sont les rames de métro…on y arrive, on y arrive madame …on aura aussi bientôt nos trams…et tout cela en contre partie de quoi ? d’une rémunération et d’une sécurité relative de l’emploi ne vous rendant même pas compte que c’est de votre emploi qu’il s’agit…tout ça pour pouvoir vous payer, l’année suivante, une tranche de rêve où Carlos danse en frétillant des bourrelets un collier de fleurs au cou… ».

Elle pouffa d’un petit rire qui ferait fondre le plus rocailleux des cœurs…

C’est l’autruche du jurassique qui n’avait pas cessé de me jeter de bien mauvais regards qui se sentit obligée de rétablir d’un flot froid la douve de la différence sociale

– Nous on l’aime bien Carlos et rendons assez bien gloire à nos précieux maris qui ont eu l’intelligence d’amasser assez d’argent sur le dos de flagorneurs de votre espèce pour nous permettre de maintenir les institutions du genre club med…les vacances à sidi moussa on vous les laisse…

je chantonnai in ze deep of me le fameux adage « zzine ka ye7chem 3la zinou ou lkhayeb….. »….

Je me rendis compte que d’un, je comprenais le ptérodactyle et que de deux, la fracture sociale s’était encore agrandie ce jour là…

En s’en allant tout en riant au bras de sa compagne (quatre gros bras apparurent comme par magie pour s’occuper des chariots) la belle dame laissa tomber, subrepticement, un petit papier en me décochant un dernier appuyé regard…

En le ramassant j’y trouvai un numéro de GSM. Le pont-levis était baissé et la forteresse n’était donc pas imprenable. Je compris que l’amour maintenait encore la cohésion sociale…

Sous mon pardessus je caressai la crosse d’une autre arme…bien plus propice au choc des classes… !

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1 en belge dans le texte

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7 réflexions sur “Les collusions sociales…

  1. pas que pas que la facture sociale, l’amour te colmate de drôles de brêches, sociales, politiques, raciale, plastiques, temporelles..l’amour se nourrit de la fracture
    y a eu de l’amour frangin, de l’amour entre une musulmane et un juif, entre karim et anas, ilham et saadia, une actrice belle et conne et un intello tout moche, un condamné à mort et son confesseur, une quinqua et un jeunot, les deux misérables je précise. un un japonais qui cause pas anglais et une togolaise qui cause pas sri-lankais, une marocaine et un italien qui au lit il criait « mama miaaa » ça la faisait rire et la coupait mais continuait tout de même, une princesse et un crapaud, un doux et une mégère, et pis quelqu’un qui vit et l’autre déjà mort, l’amour se nourrit des fractures, de la différence, parce que tu vois si tu tombes amoureux que de tes doubles, t’es un sacré narcissique. pas de critères, pas d’alibis, pas de sens ni notion de mérite.
    mais quand ça part, la fracture tu l’as en plein dans la tronche, et là te faut une autre fracture pour colmater ta propre fracture.
    ta voisine..au saut du lit..m’faut un café..

  2. tout cela juste parce que l’amour rendrait aveugle parait-il…mais la cécité est passagère tout comme la période dial lbaqor, après les vieux automatismes sociaux reprennent leur droit.
    les anciens disent : « meskine dda meskina ou hnat lemdina »
    bien sûr qu’il y a des exceptions, et il y en aura beaucoup plus dans le futur…

  3. en général je traîne le pas dans le rayon charcuterie…c’est là que les amatrices de cochonneries font ripaille sans trop d’émotivité superflue faisant allégeance au tribut de la modernité où tout se débite en tranches…même l’amour…
    et va pas croire que je le fais pour besoin personnel…nan…c’est juste pour mes études sociologiques où j’essaye de vérifier cette corrélation entre frustration sexuelle colmatée par l’acte d’achat…:)

  4. affectif Mzabi, frustration affective, ah les mecs y voient du sexuel là où il s’agit de l’affectif, tout compte fait les deux colmatés par du fictif à l’ère du fb et co..

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