Le démon de midi…net

 

 

 

 

 

Je l’écoutais parler d’une voix monocorde et je l’imaginais à l’autre bout du fil regardant ses longues mains s’affairant fébrilement, penchée sur sa machine à coudre comme elle se pencherai au bord même du gouffre ou elle se sentait sombrer. De mon imagination débordante, j’allais jusqu’à dessiner autour d’elle les contours ombreux de sa culpabilité et la pièce résonnant des voix qui du plus profond d’elle étaient en train de la sanctionner…

Après avoir longuement parlé, elle se tut un moment puis d’un ton plus assuré m’avoua sèchement, comme pour couper court à ses hésitations puériles…

– « kb, je te le dis tout haut, ce doit être le démon de midi…j’ai envie d’un petit jeune… »

– oh !…fus-je tenté de rajouter pour faire une rime de très mauvais goût, j’en conviens, mais qui aurait sans doute eut le mérite de faire naître sur son visage que j’imaginais tourmenté l’ébauche d’un sourire…

– Scénario classique ! lui répliquai-je du haut de mon encore fraîche cinquantaine…

Tu t’es mariée à 25 ans heureuse de partager avec saïd (oui, tous les cocus potentiels s’appellent saïd), l’infini des choses de la vie. Tu aimais ses yeux rieurs et sa drue chevelure refuge incertain de tourterelles insouciantes. Vos ébats vous laissaient toujours étourdis de moiteur, le corps encore tout poudré des traces ailées déposées par vos regards désirants.

Quelques temps après votre union, tu lui avais annoncé la venue de votre premier enfant. Malgré la fièvre qui battait dans ses tempes, il t’avait souri ; de ces sourires un peu figés dont on ne sait s’ils sont l’euphémisme d’un cœur qui exulte ou le masque discret d’une soudaine et terrible nostalgie…

Mais l’enfant était gai et ses rires candides avaient illuminé vos journées…

Après une deuxième naissance, vos échanges s’étaient insensiblement réduits à des questions d’intendance, de partage de tâches, une sorte de collaboration au quotidien. Tu accélérais tes pas devenus malgré tout plus pesants et il ne pouvait s’empêcher, dans une honte douloureuse, de trouver tes rondeurs plus gênantes qu’émouvantes. Doucement, sans en prendre vraiment garde tu te retrouvais à mener ton petit monde à la baguette, devenant malgré toi une vraie petite fée du logique… ! Tu organisais, ordonnais et justifiais tout par la raison raisonnante. Plus tu te sentais contrainte, plus tu perdais de ton attrait auprès de saïd chez qui tu découvrais, au fur et à mesure des tes insomnies moites d’envies, un grand talent de ronfleur et plus wahid (oui tous les cocufiants potentiels s’appellent wahid) obsédait tous tes sens par sa façon de te regarder qui te renvoyait à l’Eden agonisant d’une relation comblée…

– il ne s’appelle pas wahid…murmura-t-elle telle un brise venant balayer l’amoncellement fragile d’une théorie en château de cartes…

Et comment s’appelle l’heureux vengeur de vos outrages du temps chère madame tentais-je de reprendre pied ?

– Kb !

– Mais je ne suis pas jeune me rebiffais-je pour la forme tant, en matière de beauté, cette amie haute couturière qui me demandait conseil au téléphone était encore très éloignée du stade possessif de restes…

– Pour moi si…et allez avoues que toi aussi t’as le démon de midi…

C’est là que me revint brusquement en tête cette citation de D.M Templemore qui entamait de bien judicieuse façon un livre de Vercors : les animaux dénaturés..

« Tous nos malheurs proviennent de ce que les hommes ne savent pas ce qu’ils sont, et ne s’accordent pas sur ce qu’ils veulent être ».

L’horloge murale sonna ses douze coups de midi jusqu’au plus profond de mon être où jubilait un vieux démon …

J’étais en tout cas sûr d’une chose : dans cette quête essentielle de l’homme, je ne voulais pas être Saïd….

– midi…nette ! lui précisais-je d’un air faussement décousu…

 

© kb…juste avant midi

 

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10 réflexions sur “Le démon de midi…net

  1. ça s’appelle une cougar Kb et c’est une don-raie rare, et y a pas d’équivalent masculin, un homme ça s’appelle invariablement « cou..reur », elle n’a pas de penchants pour la machine à coudre en général, elle préfère du cousu main des autres mains, faut faire gaffe à la french manucure, et fait pas la cour en cousant, et qui le fait za3ma ?..:)) normal qu’elle prenne un râteau.
    donc, t’as crashé ..euhh..craché sur ce don du ciel? faire le Ashton des Demie, la regarder les yeux tout ronds de béatitude et de candeur raconter son lourd vécu(parce que ça écoute rarement un p’tit jeune) profiter d’un stage initiatique gratos et du coup regler une fois pour toute les vestiges de ton oedipe ? lui demander si elle veut bien devenir « ta petite copine », la réconciler avec les jeux vidéos, mettre à jour son vocabulaire et le restreindre surtout ? sourire quand elle te demande mettre une ceinture et de nouer les lacets de tes baskets, et lui répondre attendri  » non, sousou ça s’met comme ça ».
    tout ça, pour une Nouba, nouba ..nouba, parce que les prises de tête, mon chouchou j’en ai fait le tour et bouclé de circuit, je laisse tourner en rond tout seul », qu’elle a dit, en écartant une mèche rebelle de tes cheveux bien drus coiffés façon « saut du lit » qui l’empêche de bien plonger dans la vacuité de ton regard bien limpide.

    ta voisine..hors circuit.

  2. Vois tu voisine, si, je ne sais par quelle alchimie des sens ou plutôt de l’insensé j’en arrivais à te faire du rentre dedans le prendrais tu pour
    1- coup bas ?
    2- coup rare mais empoisonné du même nom ?
    3- coup gare…comme à Austerlitz la hussarde… ?
    4- coupez…on change de film ?
    5- coup l’œuvre intégrale du grand bobard en reliure cuir et or… ?
    6- coup de pouce…et pas n’importe lequel ?
    7- coup peu fin mais qui rassasie quand même ?
    8- coup laid à en sombrer ?
    9- coup lisse pour éviter la mise en scène ?
    10- coup long pour la décharge électrique ?…

    Ainsi donc tant de probables se profilent à l’horizon de nos désirs …mais vois tu voisine. Ces envies CRIANTES ne font en fait que masquer, dans un grand désordre, nos CRAINTES profondes… ce qui a bien souvent tendance à transformer ce qui pourrait – aux yeux du regard profane- paraître comme un chasseur expérimenté, en réalité masquée d’une proie terrorisée…
    Mais tant que la bête en nous ne criera que de plaisir je mettrai une bride à l’intelligence de l’être essentiel pour goûter à la vacuité des phénomènes sur la couche du pragmatisme…:)

  3. ah nan, me méfie ce sera ou un coup fourré, ou pire un coup de foudre, j’opte pour une faim non coupée, au moins ça dure..:)), ça s’appelle du praakhmatisme.

    mais pour ton histoire, si tu étais vraiment vraiment mordu, t’aurais eu le cou..rage.

    ta voisine, mordue à maintes reprises et vaccinée depuis 21/03/2003 à 15h.30, rachiiid si tu me lis, rejje3 lia brawati bghit lik ddooorrr..:)

    1. n’est ce pas qu’il y a des dates qui nous marquent…à moins que ça ne soit nous qui les marquons pour un travail de mémoire que nous aimons remplir de bimbeloteries du passé…
      maintenant si tu me dis que tu collectionnes aussi les bouteilles de plastique je me méfierai de ce que tu me donneras comme potions lorsque je me présenterais avec une ordonnance à ton officine…:)))

  4. erreur, je les collectionne pas je les coup-llectionne…:))
    et voilà, ma réputation est faite grâce à toi, sorcière et mangeuse d’hommes.
    ce n’est même pas vrai, allons, parfois on se fait prendre par le piège du jeu de mot, et ça nous fait dire beau-coup de coup-nneries..:))
    mais on rigole (s’marrer, pas l’autre) vraiment chez toi et ça fait du bien, et ça c’est bien vrai..

  5. tu peux te laisser aller. ici t’es sur un espace sécurisé où toute mauvaise interprétation est irrémédiablement écrasée comme un vulgaire cloporte par des programmes super musclés qui m’obéissent au doigt et à l’oeil…et comme t’as la bénédiction du saint patron de ce haut lieu de l’esprit et pinacle de l’intellect (rigolard qu’elle à dit l’autre…nanméo)tu peux dé-coup-nez à ta guise

  6. Amen et merci.
    nanméo, quand quelqu’un t’en sort une et bien bonne,ton diaphragme (respiratoire je précise saitonjamé)tressautte, et te fais hoqueter, tu ouvres ta bouche bien grande et tu laisses aller, la face rougeaude, les membres pesants, décontractés tu perds le contrôle, pleures ou pire, parfois tu peux pas tenir debout, tu vacilles, certains seroulent par terre, c’est la forme la plus spectaculaire de l’acquiscement, c’est un énorme OUI. absolut et net.
    après tu repires, détendu et très satisfait.
    et si ça vient pas du culturel et de l’intellect, ça vient d’où ?
    je pense que c’est le point G de l’intellect, on peut s’en passer mais c’est plus plaisant avec..:)

  7. « …des rondeurs plus genantes qu’émouvantes… »

    Quelle cruauté ! C’est dommage que ta plume ne parle pas de ton gros bide. On aurait eu la parité à tous les étages : l’infidélité et l’érosion du temps. Je trouve quand meme que les plates bandes du futur cocu trop permissives. Laisser un loup, comme toi, trainer dans son propre paturage, sans jeter un coup d’oeil de temps à autre vers le troupeau, est un peu risqué 🙂

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