Le conte des colchiques…

Sur un haut alpage oublié de grand âge, des colchiques blanches, du haut d’une butte, regardaient de haut un petit coquelicot emprisonné dans les blés. Elles le toisaient de leurs vénéneux regards ricanant à qui voulait bien les entendre de sa truculence rubescente.
– “carminé de malheur! Tu nous brouilles la vue de ton écarlate couleur” lui criaient-ils à longueur de journée.

A chacune de ces railleries malsaines, les blés, fiers de leur allure superbe, partaient d’un rire gouailleur faisant onduler le champ de vagues à la blonde couleur.
– ” qu’il est laid avec ses oreilles cramoisies, son corps frêle et velu …et son nez noiraud!”

les blés, outrecuidants à outrance, passaient leur temps en courbettes et révérences.
– “que vous êtes beau ce matin!, vous semblez avoir pris quelques grains” disait l’un.
– ” vous même semblez prendre du poil de la bête avec votre épi en faîte” renchérissait l’autre. Mais pour le gentil coquelicot ils n’avaient que dédain. Leurs propos à son égard n’avaient nulle retenue pour le cibler de leurs dards.
– ” Nain rougeâtre, excrément de vache acariâtre, quand cesseras tu de nous traîner dans les pattes?

Le pauvre coquelicot supportait stoïquement tous ces maux, priant chaque soir tous les saints de lui réserver meilleur destin. Ainsi passèrent les printemps à rougir la petite fleur d’indicibles tourments jusqu’au jour où, par on ne sait quel hasard , la vache pâquerette, préférée de son maître, vint traîner ses pas en quête d’un meilleur repas. Cette bête au grand cœur adorait les fleurs. Des colchiques, elle n’en avait jamais vu si bien que de toutes elle s’en était repue. Mais voilà que l’inattendu festin l’affuble d’un funeste destin. Elle va et vient à travers le champ de blé incapable de retrouver son chemin. Prises d’atroces souffrances, ses entrailles ensemencent le champ d’une vénéneuse engeance, libérant sa bonne âme en giclées de diarrhée infâme.

Après avoir longtemps cherché sa génisse tant aimée, mestre Jacquemin arpenta finalement les pas de l’occulte chemin ayant mené les broutages de sa vache volage vers cet exotique repas ayant causé son trépas. De sueur en nage, il fulmina de rage la voyant crevée là, entre les colchiques. Il cracha sa chique et jura par tous les diables de l’enfer que ces fleurs sorcières en essuieraient les revers. Il fit venir ses frères, arrosèrent de poix toute la butte délétère et y allumèrent un feu nourrit pour qu’aucune de ces fleurs pourries n’y pousse jamais plus. Les blés éternels, effrayés, se dressaient sur leurs tiges frêles de toute la hauteur de leur épis pour voir ces étranges créatures qu’ils n’avaient jamais vu.
– “c’est à cause de ces colchiques de malheur que l’enfer s’abat sur nous en cette heure!” disaient certains. Le petit coquelicot, par sa taille naine, ne pouvait rien voir de la scène.
– “piétinons le coquelicot! C’est un cousin de ces sorcières, il ne nous apportera que misère” Le bruit provoqué par les blés qui ondulaient pour piétiner la fleur troublée attira l’attention du manant qui, apaisé, remarqua la beauté du champ
-” je n’ai jamais vu pareil terrain. Il me rapportera sûrement de bons gains

comme quoi à tout malheur quelque chose de bon. Le paysan avait longtemps souffert de l’aridité de la terre. Il en remercia longuement le bovin, appela ses frères et cousins et entreprirent d’étêter les blés beaux de toute la force de leurs faux. Plus rien ne poussa désormais sur cette terre brûlée par la poix incendiaire et les fèces toxique d’une vache pubère. Plus rien à part une multitude de coquelicots rougeoyants qui régnèrent en maîtres éternels sur cette terre tant belle.

kb….tous droits de reproduction réservés ( à qui? on se le demande bien)

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5 réflexions sur “Le conte des colchiques…

  1. Ingénieux le conte de fées (oups) de fleurs 🙂 chaque élément doit avoir son dû.
    Excuse moi Kb, je ne comprends pas la justice dans ton conte : pourquoi la vache_ elle qui raffole des coquelicots_ épargne son met favori et s’en va se remplir la bedaine de produit certes chic mais toxique?

  2. Joli conte, bien triste mais où le faible finit par avoir raison : moralisateur, peut-être, mais cela fait du bien en ces temps où le fort dévore le faible!

    Le jeu avec les mots – et non pas les jeux de mots – est fort bien mené!

    Sympathique lecture par ce matin maussade.

  3. ah kali! les voies de destinée sont impénétrables, d’autant plus pour une vachette pas très rompue à ce qui dépasse son environnement habituel. Le nouveau attire, et des colchiques blanches elles n’en avait jamais vue et vlan! d’une la beauté n’est pas toujours inoffensive et de deux comme l’a souligné Hmida le fort ne l’emporte pas toujours

  4. merci Hmida. je sais que tu collectionne les contes pour les raconter à tes petits enfants. Aussi j’en ai un autre que je viens de retrouver sur mon ordi et que je ne vais pas tarder à poster. Il est construit sur une recomposition d’une blague marocaine 🙂

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