Saudade, mon détroit…

Il est vrai que la lumière particulière du détroit donne au « saudade » tout son poids expressif de nostalgie douce-amère. Je sais par expérience que les « surfers » sur les vagues écumeuses de la parole ne vont que rarement dans l’archipel archive…c’est pourquoi je remonte ces deux textes – tangérois d’inspiration – à la surface du blog

TANGER LE SOIR

De la mer s’élevaient, en embruns parfumés de varech, les premiers reflets d’un crépuscule livide.

C’était l’heure où la ville baissait la voix pour me murmurer quelques bribes de fastueux souvenirs, à travers chaque fissure de ses murs crépis par la sensuelle caresse du regard des hommes.

C’était l’heure où, l’ombre de Paul Bowles planait sur le café de la plage en odeurs de girofles et de jasmin et où le ciel reflétait le regard enflammé d’un Matisse ou d’un Delacroix.

C’était enfin l’heure où, je me sentais libre d’errer dans mes souvenirs collés en affiches défraîchies sur les murs peints à la chaux. Des recoins de chacune de leurs craquelures, s’écoulait suavement le nectar de ces délicieux moments, emprisonnés à jamais dans la pierre, mosaïque d’un rêve éveillé. Grisé par leurs odeurs, je déambulais l’allure fière de fouler ces pavés tant aimés. Ils me transportaient délicatement vers la plage, où tous ces souvenirs venaient perpétuellement s’étaler en vagues grisantes d’une nostalgie douce-amère.

L’ombre naissante enfantait un corps recroquevillé sur le sable humide de la grève. A quelques mètres à peine, une autre âme échouée sur le sable grelotte les mains entre les genoux, faisant vibrer l’air de la complainte silencieuse de ces enfants du sable.

Leur nombre augmentait de jour en jour sur les plages du détroit, où venaient s’échouer leurs rêves chimériques d’un lendemain meilleur, au delà de l’espoir aux couleurs de brume.

Je regardai le ciel. L’ombre du soir montait à l’assaut de la lumière fatiguée d’un jour agonisant, lacérant de griffes noires son manteau doré. Je regardais disparaître dans le firmament taché d’un sang aux reflets mauves, l’âme du jour en nuées d’oiseaux. Dans un dernier râle, le jour s’en fut. La nuit soupirait, par l’appel des muezzins, sa perpétuelle victoire sur les collines fleuries de petites maisons lilas…

J’aimerai toujours Tanger le soir…

détroit. D'Yves Cintas

Méditerranée

Lorsque s’étend le soir de toute sa langueur sur la mer apaisée, et que la terre se pare de sa plus belle ombre encensée par l’odeur encore chaude des pins, mon cœur s’ouvre à mon âme qui déverse le ciel. Le bleu m’envahit alors jusque dans le blanc des yeux où vient s’échouer le jour en petites vagues dorées. Un ultime vol d’oiseau zèbre le soleil qui rassemble ses derniers halos téméraires. La nuit, parfumée de jasmin, dévale les collines enivrant les grillons qui se taisent.
C’est en ce moment précis que mes pensées s’enroulent, comme une cigarette allumée à la braise de la nostalgie, sur laquelle je tire goulûment un effluve de thé à la menthe. Sa douce odeur s’élève au son des dés jetés en l’air et qui tourbillonnent encore à nos instants d’insouciances, lorsque sous le pin une partie de  » parchi « [1] agrémentait nos soirées sans fin. Et la mer qui murmure, sous le ciel serein qui s’étire à l’infini… jusque dans le cœur des hommes par lequel elle respire.

[1] parchi : C’est un jeu très populaire dans le nord du Maroc que l’on joue dans presque tous les café populaires. En Espagne, on le connaît sous le nom de Parchis, en France sous le nom du Jeu de Dada ou Petits Chevaux.

© Khalid Benslimane

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18 réflexions sur “Saudade, mon détroit…

  1. Non, pas toi ….

    Je ne pensais pas que tu te laisserais « ensorceler » par le mythe de Tanger….

    J’aimerais que tu lises et que tu commentes ce que j’ai écrit sur Tanger, sur le « mythe » de Tanger ….

  2. Tout y est jusqu’au ‘Parttttchi » 🙂 merci kb !

    Et la peur, ce n’était qu’un mot 🙂 un jour j’ai eu la chance de découvrir ces phrases, voilà cadeau 🙂

    (Pierre-Jean Rémy sur René Leys, de Victor Segalen):

    « Toute sa vie, Segalen a douloureusement joué à s’inventer un secret. René
    Leys, c’est l’itinéraire de cette découverte. Dans un lieu clos, Pékin, deux
    êtres s’affrontent, se défient, et finalement, se détruisent à coups d’images
    qui sont autant de mensonges. Mais la Chine qui est au bout de ce combat est
    plus vraie que la vraie Chine, celle faite seulement de briques, de tuiles et
    de poussière: elle est l’image que nous en portons et qui, passée au crible
    sans pitié de la réalité, seule demeure pourtant. Même si, solidement ancrée
    dans la terre et les odeurs, cette Chine-là est surtout une métaphore. Roman
    policier, roman exotique, roman d’apprentissage, René Leys est d’abord un roman
    initiatique: ce sont les mots et les signes qui créent nos royaumes. Et plus
    vertigineux sont les mensonges, plus somptueux les palais qu’ils ont élevés. René
    Leys, le héros de Segalen, a osé en franchir les douves; sa vie, sa mort ne
    comptent plus guère puisque les mots et les signes sont restés ».

    En fait il faut avoir lu le roman, pour comprendre toute la beauté et la
    profonde, et en même temps paradoxale, vérité de ces quelques lignes. J’aime bien
    cette idée que la vie soit un château de cartes de sens et de mots, à la magnificence fragile, voire parfois imaginaire, mais éternels à ce prix.

  3. aïcha…ne me remercie pas…le mot peur n’effraye pas, tout comme le mot chien ne mord pas et le mot source ne désaltère pas… tout comme le mot « construire » ne batisse des chateaux qu’en espagne

    histoire de dire que même si les mots sont parfois « surfaits », l’émotion reste quand même sincère surtout par rapport à Tanger, seul endroit de la terre où je me sens vraiment chez moi car tout ce qui m’y lie, et pour répondre à Hmida, relève bel et bien du vécu et non du mythe

    …tu restes quand même une bien belle métaphore… 🙂

    kb…le saint sert

  4. m’ame la noix des télécoms! (t’inquiètes c’est un compliment…sinon j’aurai mis « noyau dur » à la place de noix, ) tout Kbleur que je puisse être je ne pourrai me connecter à vous ce soir…et crois moi ô combien je le déplore. Je serais à rabat (joie) ce soir et vous autorise d’ores et déja à prêter votre corps à toutes les effusions de joie que je n’allais pas manquer de recevoir en transmettant mes promesses de me rattraper lors des prochaines agapes pour lesquelles je me laisserai pousser 6 nouvelles paires de bras…je vous bigophonerai de là bas histoire de vous rappeler mes charnels souhaits :))

    kb…l’absent du jour

  5. Une fois de plus, le choix des mots, leur agencement fait resurgir la belle emotion. On ressent la sincerite, et on te suit entre les ruelles d’un derb à l’autre. Je ferme mes yeux, et je vois les couleurs de Tanger Allalya. Merci

  6. hmida>J’ai recopié tes cinq textes « démystificateurs » de Tanger pour les relire à tête reposée

    Je peux d’emblée te dire que tu participes aussi en quelque sorte à étayer ce soi-disant « mythe » de Tanger en soulignant ces autres aspects de la ville 

    Personnellement, dans mes tentatives expressives par rapport à cette ville je ne participe à entretenir aucun Mythe, juste à chanter mon ressenti pour une ville que j’aime sincèrement pour la particularité de ce qu’elle remue en moi

    Tanger, on aime ou on n’aime pas…mais on y reste rarement indifférent

  7. Kalimero> tout comme le « saudade » évoqué par Aicha, le ressenti pour tanger est difficelement traduisible pour ne pas dire impossible à traduire…on le sent ou on le sent pas. ce n’est pas une relation cartésienne de cause à effet

  8. Tanger la belle »mariée du Nord »
    qu’as-tu fais de tes jeunes soupirants?
    ceux que tu attires vivants et tu délaisses de l’autre côté de tes rives
    caressés d’une mer qui les a vomis de ses entrailles
    silencieux à jamais, déconstruits, tels des châteaux de sable
    sur une plage d’Espagne
    leur tombeau et leur lit nuptial…

    Cela te changera de mes commentaires « studieux », je ne suis pas poétesse kb, je ne suis qu’une enseignante et c’est ce que je sais faire de mieux. 😉

  9. kb, pas de doute, il te faut une 3ayla tangéroise, une qui soit capable de te remmettre sur le droit chemin ! qui sait ? tu pourrait confesser tes péchés, enfiler tes babouches, et faire partie d’un orchestre andalous… je te vois bien en djellaba avec un violon et les poils qui te sortent des oreilles et du nez ! 🙂

    benji…conseiller en ménage et carrières 🙂

  10. Il y a des trucs du 21ème siècle que personne ne peut m’expliquer. tiens, peut tu m’expliquer kb comment se fait-il que subitement les commentaires s’arrêtent au 10ème ( le mien ) ! plusieurs hypothèses peuvent être émises afin de tenter d’élucider le phénomène;
    serait-ce que le dernier commentaire n’a pas plus à kb ? tout reste probable au 21ème siècle, un crash psychologique est vite arrivé ! 🙂
    mais à mi-chemin entre science et paranormal, une autre hypothèse serait que ce genre de bigbang cognitif des blogs est causé par une pas si rare interconnexion de phénomènes physiques, astraux, intellectuels coincidant avec une baisse de vitamine B12; associée à la hausse des prix des produits de consomation; interférant avec le bulletin de nouvelles du dimanche, et enfin neutralisant le nerf optique, et agissant sur le nerf axillaire de la main, le tout exerçant une pression sur le nerf pneumogastrique, déclanchant, constipation et anémie testiculaire ou ovaire passagère ( selon le sexe du répondant ), occasionant une legère crise d’hémorroides, mais avec dépression chronique du SNC ( systeme nerveux central ), résultant en un état de végétation accompagné d’hallucinations, de paranoiac, et de daltonisme sévère…difficile à gérer pour l’ensemble des concernés ! 🙂

    ce pourquoi, il st fortement recommandé d’éteindre son PC en pareilles circonstances.

    benji… dans son élèment; végétatif hypertrophié et flatulent. 🙂

  11. Nous sommes passés de Lisboa au Cap Vert rien qu’en évoquant Tanger, si ce n’est pas beau tout ça !

    La paon-géroise 😉

  12. il va me falloir encore quelques jours avant que je ne puisse à nouveau m’épancher à mon gré sur cette page (vivement la retraite) et faute de temps je me reconjugue à vous au réchauffé…histoire de vous prouver ma chaleur humaine
    pourquoi celui là exactement? Je n’en sais trop rien…p’têt à cause de Tanger ou d’une paon-géroise…à moins que je ne tienne seulement à jouer mon taon-gérois ce qui ferait plus dans l’agglutinement que dans l’étalage kaléidoscopique de couleurs poétiques
    je vous remercie à toutes et à tous de continuer a visiter ce lieu dont vous rendez l’existence un peu moins vaine…

  13. cap spartel – annonces du coeur

    Homme seul (pris à la gorge par folle 1ère main), 72 ans, athlétique, désirable, sans calvitie, sera élu de votre cœur si vous êtes tangéroise, très jolie, d’âge mûre entre19 et 21 ans, vaccinée, tatouée, pour relation sérieuse et + si affinités ( erotisme dindonnesque )

    (*Photos étalées sur 50 ans disponibles )
    (*Succession et héritage négociable )

    Prière de communiquer avec le site kb pour donner suite.

  14. oups, nous nous excusons pour l’erreur de frappe concernant l’âge de la personne recherchée ; il fallait lire; entre 69 et 71ans. ( avec condition tout de même de pouvoir faire, la grue, le grand écart, équilibrisme, triathlon, plongée en apnée )

    les candidates ayant subi plus d’un lifting ne seront pas retenues.

    les goûts ne se discutent pas.

    saisissez l’occasion !

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