Qu’importe l’âge, pourvu qu’on reste petits…

Le mois de mai venait déteindre le mur d’une suave lumière. Balzane doucereuse qui se laissait boire par les multiples fissures, bouches avides suceuses de souvenirs, jusqu’au débordement de nos rêves qui s’écoulaient en même temps que nos heures vers le néant de nos destinées à refaire…

Et puis…
Et j’allais dire déjà
L’enfance se fait lointaine
Comme un pays d’où l’on s’en va
Je ne vois plus qu’à peine
Le rivage…

Et l’on continuait à mâcher et remâcher notre dérisoire, à bâcher et rabâcher nos peurs…

Tu voulais devenir quoi quand t’étais petit ?

Momo me regarde éberlué puis me souffle la fumée de sa cigarette dans la gueule…

dis…tu vas pas te mettre à philosopher comme abdel non ??

Je hausse les épaules pour exprimer le n’importequoitisme de sa réponse

Un moment de silence…

et toi ? me réponds l’encore gnard encore niaud

ya pas de lézard ! balance-je devant son air inquiet….c’est juste une question comme ça

L’enfoiré sourit…le mois de mai s’éclaire de dix lux

le gars d’la télé ?

mais noonnnn….j’ai dis dix pas guy

aaah…(onomatopée fréquente dans la bouche d’un branleur)

t’as dit quoi là ??

ben j’ai rien dit !

si t’as dis kek chose…je t’ai entendu ruminer…

Avec toi j’appareille alors
Pour autre part, pour autre chose, à bord
De ma quarantaine
Et je t’emmène
Là-bas dans une image

Je me souviens encore….

j’ai pas ruminé…chui pas vache à ce point….

t’es p’tet pas vache mais t’es……

ho ho hooo ! c’est bon t’arrêtes….tu veux pas répondre tu réponds pas !!…

Le passage de moui aïcha avec son panier sur la tête fait office de gong sur un ring…elle nous jette son plus mauvais regard

t’es p’tet pas vache à ce point mais elle….putain ! Ça doit être la reine mère du troupeau….

Sacré momo….il avait un sens aigu du qualificatif
.
.
.
On se marre un bon coup…

Silence…

Le mur s’étire de toute sa blancheur dégageant un je ne sais quoi d’onction protectrice nous insufflant une profonde sérénité…une douceur de vivre où même moui aïcha devenait humaine

Momo fait des ronds de fumée…

je voulais devenir grand…

quoi ? Revins-je à la réalité

quand j’étais petit…je voulais devenir grand !…répéta-t-il le regard perdu dans je ne sais quel lointain souvenir

Un sourire illuminait son visage angélique…

Je le regardai longuement, un nœud grossissant dans la gorge, me disant que la vie s’en viendrait immanquablement à nous séparer….

Je t’aime
Toi qui ne seras jamais
Une grande personne
Ne me quitte jamais
Je t’aime

Momo me regarde du coin de l’œil…arquant le sourcil

tu sais Lambadaoui…des fois je m’demande si t’es pas pédé

Je lui balance mon mégot dans la tronche

Rires…

non mais c’est vrai ! reprit-il sérieux…c’était un idéal pour moi, devenir grand…et là je me rend compte que je n’y arriverai sans doute jamais totalement…c’est tellement con les grands…

et toi Lambdaoui?

Bof…moi je ne me suis pas rendu compte quand cela m’est arrivé…disons que j’ai grandi par mégarde

Oui mais c’est quoi ton idéal ?

Mon idéal ?? c’est une utopie…devenir petit

L’ombre du jour fuyait le zénith qui dardait ses rayons à l’aplomb de nos soubresauts péremptoires sous le regard indolent du mur …majestueux par notre insignifiance mais si bon…si généreux…si idéal dans notre utopie…

Et puis…
Mais ce n’est pas demain
Il faudra que le soir vienne
On s’en irai sur le chemin
Où nous attend la chienne
Un par un…

Je t’aime
Moi qui ne serai jamais
Une grande personne
Ne me quitte jamais
Je t’aime…

© Lambdaoui

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Une réflexion sur “Qu’importe l’âge, pourvu qu’on reste petits…

  1. J’aime bien venir te lire comme on boit à la source pour se rafraichir l’esprit fumeux et je dis pas ça pour te cirer les pompes, mais ça me délasse entre 2 prises de tête comme un voyage dans le temps et l’espace. Et la rubrique que je préfère c’est celle-ci, faut dire que j’ai une tendresse particulière pour les murs (c’est là qu’on trouve à la fois les fenêtres et les radiateurs). J’aime bien Momo et Abdel et je tirerais bien sur leur joint histoire de rendre plus souriantes les après midi grises et mélancoliques. Je me demande pourquoi il y a de moins en moins de commentaires sur ce blog… (en dehors de quelques clébards qui viennent renifler le derrière des autres … je grogne en rigolant, c’est une manière de montrer les dents aux teckels agressifs qui auraient l’idée de me défriser alors que je viens faire ma belle en sortant du toilettage ) Il y régnait pourtant une joyeuse complicité. Est ce que c’est parce que tu écris de moins en moins où bien la blogosphère est elle dans un coma de fin de vie? Dommage, j’avais presque envie de m’y mettre. Voilà c’était le bouche à bouche du jour, je garde le massage cardiaque en réserve 🙂

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