Sérénade

Acrylique sur toile de Faouzi Maaouia

Mes doigts allaient habiles sur les cordes sensibles de mon luth. Chaque note se détachait en suave babil de l’innocence puis grandissait en deux dièses et trois arpèges, jusqu’à raisonner et résonner, d’une harmonique sensuelle, les affres de mon amour en lierre qui assaillait les murs d’un silence cruel.
D’une octave bleue, j’avais repeint la lune pour tamiser mon amertume. La rose posée à mes côtés, sur le banc, me regardait amoureuse, une éternelle question sur ses lèvres pulpeuses: «Quand reviendra-t-elle?»
Ne sachant que répondre à la rose tant belle, je détournai mon regard d’une octave rebelle, je fuyai de deux bémols le doute qui m’empoignait au ventre et grattai de plus belle sur les boyaux de mon chantre. Les notes s’élevaient en l’air, rageuses, écumeuses de désir. Elles roulaient et s’enroulaient en notes brèves, puis s’en allaient doucement mourir, au bruit des vagues sur la grève. En crescendo de mon humeur mon luth pleurait en ré mineur, et, à chacun de ces bris de lames, je me penchais sur les eaux endormies de mon âme… Ne s’y reflétait toujours que la lune.
Je sus alors qu’elle ne reviendrait plus.

kb
© pour pleutil – juillet 2005

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