Jour de pluie

La pluie, du bout de ses gouttes, tambourinait sa chanson mélancolique sur le toit des voitures qui prenaient un malin plaisir à résonner en chœur le vide de nos dérisoires destinées. Enfants du béton, nous ne connaissions de la rose des vents que le nom, du désert que le vent qui hurle dans nos cœurs, de l’amour que les fantasmes vomis par nos frustrations.
La ville, après nous avoir ruminé toute la nuit, nous recrachait en toussotant à l’aube sale du matin grisâtre, se raclait la gorge au son d’un moteur qui tarde à démarrer et étirait enfin ses bras de pierres où des excroissances en maisons s’agglutinaient le long des veines saillantes qui drainent sa vie…notre vie.

L’eau coulait abondamment dans le caniveau.

Un froufrou d’aile affranchit l’aube qui détale sous l’œil morne d’un soleil paresseux. Il regarde un court instant le mur, puis tire sur lui un nuage pour dormir encore un peu.

Le pigeon, qui vient doucement se poser sur la corniche à l’aplomb du mur roucoule d’une voix atrocement laide, se retourne en dandinant et vient placer son postérieur à la verticale de notre temple.

-« Ne tire pas tout de suite » soufflais-je doucement à Momo…

-« saleté de bestiole!!! Le nombre de fois qu’il m’a chié dessus çui là… »

Momo jubilait, le lance pierre tendu à péter…

-« je vais m’le faire!!…je vais m’le faire« 

dzoïnnng!

Crashhhh!

Les carreaux de la fenêtre de moui aïcha qui se mêlent en bris aux gouttes de pluies faisant reluire l’air d’un arc en ciel fugace

Une voix criarde dévale dans la rue en avant garde, talonnée de près par un pas lourd dans l’escalier, le monument moui Aicha constituant l’arrière garde d’une unité très âpre au combat.

De la poudre d’escampette suit les bris de verre

Nous la saisissons au vol

Staccatos de nos pas de fuite

Havre de paix…quelques heures plus tard

Sur la terrasse d’abdel, notre désert, le tagine de pigeons mijote sur les braises d’un mejmar qui connaissait toutes les incantations des femmes blessées.

-« on en a eu combien en tout? » demandais-je à Momo

-« onze …et j’ai encore loupé le gros chieur« 

le moghrabi était au frais

karima en chaleur avait semé la garde rapproché de son teigneux p’tit frère

la belle vie quoi …

-« c’est là que je fais mes courses« 

c’est rien…juste momo…mon momo

la voix d’abdel qui gratte sa liberté vient suavement nous caresser l’oreille

« …pour cueillir en rêvant
une rose des vents
sous un rayon de lune
… »

le pluie était belle ce jour là …

© lambdaoui

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