La vie est un long match tranquille…

La brume enrobait la ville d’une aura poisseuse où l’aube timide, à pas feutrés sur les cendres mourantes de la nuit, se frayait douloureusement un chemin vers la clarté.
D’un miaulement insipide un chat vomit la rue au jour naissant, triste décor d’une genèse aux murs crevassés dans lesquels cherchaient refuge les rêves retardataires que la nuit, en mère indigne, avait laissé traîner derrière elle.
Au bout de la rue, sur le mur, qui connaissait tout du songe des hommes, s’accrochèrent quelques lambeaux de ces rêves du matin, humides….

Un œil qui s’ouvre…

La main qui se balade, machinale, matinale, gratteuse et chercheuse, jusque dans le calebar pour s’imprégner et m’imprégner d’une mâle certitude, rassurante, rassérénante ….

Horreur!

Elle s’arrête pétrifiée…engluée dans l’engeance d’un rêve putride

Je me souviens…

Bonheur!

Elle était belle…une elfe…une houri… me désirant des feux de l’enfer.

J’étais apollon, labourant la nymphe eccho pour devenir, en râles et en cris, l’écho de toute chose…
Tantôt Bacchus possédant l’innocente bergère, jouant de mon pipeau en lames brûlantes jusque dans son âme…jusque dans ses larmes…
tantôt, un prince démon déchu dans les jardins suspendus de Babylone où sans vergogne je goûtais aux plaisirs défendus…
Endossais, l’instant d’un coup de reins, la feuille de vigne d’Adam dans les jardins d’éden pour croquer, jusqu’à la trogne, l’Eve…pauvre pomme…
Pour finir en Salomon, taillant son crayon dans la mine humide de la reine de Saba…une locomotive endiablée creusant son propre tunnel dans la chair…

Extase et pâmoison !

Un train siffleur…

Et le train sifflera trois fois…tata tatoum…tata tatoum….

Encore un coup de sifflet…puis un autre

L’œil qui se rouvre

Un sifflement long…

Conscience!

« merde! »

je tombe de mon « quatri », cours vers la fenêtre…

–  » Mais qu’est-ce tu fous Lambdaoui??? On a un match à gagner bordel« 

Au bas de ce qui me sert d’immeuble, Momo et Abdel, mains sur les hanches, en rogne et en short d’où s’échappaient deux jambes maigres…on aurait dit deux criquets pèlerins…Nehru et Ghandi prêt à traverser le Gange qui coulait dans le caniveau charriant tant de rêves morts.

Eve et ses copines avaient fondu dans les draps qui ne conservaient de leur passage que quelques tâches impures…ma mère qui va encore pousser sa gueulante….

Coup de sifflet…

Action!

Plus d’une heure que nous montions à l’assaut des buts adverses, sans résultat. Ceux d’en face non plus n’arrivaient pas à concrétiser, pourtant ça n’était pas là l’essentiel. gonflés, nous l’étions… à bloc…le ballon aussi…les soutien gorges de karima qui nous regarde de sa fenêtre se passaient quant à eux de tout commentaire…
Le temps d’un match, nous avions un but. L’instant d’une rencontre nous étions maîtres de nos dérisoires destinées, pantins puérils courant après nos chimères qui se terraient dans ce putain de ballon. Nous étions libres, ingénieux et géniaux, et la rue nous entendait le crier et le suer…le puer…de tous ces relents de rêves pourris.

Coups sourds et halètements s’entremêlaient l’instant d’un combat contre le rien de notre quotidien

Han!…boutt

Boutt….han!

Le temps passe… s’en va faire un tour et repasse. Nous sommes toujours là à dégueuler nos poumons en crachats de nicotine, hurlant le néant de nos avenirs incertains…au grand dam de moui Aïcha qui de sa terrasse nous traitait de vauriens

« fais chier celle là« !! Me halète Abdel le temps d’une remise en jeu… »tu sais que cette salope m’a peloté les chocottes dans les escaliers…fais voir ton beau short qu’elle m’a dit…

il dodelinait de la tête en battant des cils…

awahhh! C’est paaas vrai !

ouallah!

Le ballon passe dans notre rayon d’action…aucun pied, aucune tête ne se tend à sa rencontre…moui Aïcha avait tout pris

Nos ancêtres en prennent pour leur matricule de la part des copains…ombrageux…un orage d’insultes…

Fierté!

« Je vais vous montrer bande de ploucs » marmonnais-je dans la barbe que je n’avais pas…

Je cours comme un forcené derrière une boule de cuir insaisissable, en sueur, harangué par la voix stridente d’Abdel à ma gauche…

– « lâche ta balle bordel!…lâche ta balle! »

Momo, en nage et en rage, gesticule comme un pantin désarticulé à ma droite en appel de balle

Je feinte une ombre adverse …un détraqueur tout crampons dehors se pointe position 2 heures…un petit pont, un saut de cabri…il se gaufre le gros Saïd qui me talonne en arrière garde

Choc!

– « yan3al zabbor ammok! « ….témoignage affectif très commun dans nos matchs ….

je passe…Saïd aussi…tata tatoum….

– « rred llor…rred llor« …derrièra-t-il

talonnade…j’évite de justesse deux jambes faucheuses et je fonce…le ballon me revient

éclaircie !

j’aperçois entre les ombres haletantes les bois adverses, deux gros blocs de granit…

j’arme…

« boutt!! »

silence!

le ballon tournoie et s’élève lentement, alourdi par tous les regards chargés de peur et d’espoir…de l’eau lourde qui atomise le temps suspendu aux souffles retenus…

ralenti.!

Momo… grandiose et merveilleux Momo…toutes voiles dehors , exocet de notre petite armada, vole tel un de ces fameux conquistadores de José maria de Hérédia

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal
Fatigués de porter leurs misères hautaines
De Palos, de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal…

Vole Momo….vole!… petit oiseau libre et libère nous l’instant d’une victoire de nos misères hautaines…vole mon petit capitaine vole!

Rencontre!

Où une tête et un ballon nous rejouent dans la voûte du ciel de la rue cette fameuse scène immortalisée par Michel Ange sur le plafond de la basilique saint pierre…Dieu et Adam se touchant du bout du doigt dans un rencontre du troisième type…ils n’étaient pourtant que deux…on n’a jamais retrouvé le troisième type…

Un ploc !..

Le ballon est dévié vers les buts, cogne le granit droit et s’en revient vers le milieu…

Je fonce de vers la droite…abdel de vers la gauche

Les pieds se tendent…presque en même temps…je touche la balle en premier…abdel, de sa monstrueuse godasse cramponnée à un pied démesuré, touche mon pied en second….

Buuuuuuuuuut!…..un délire de cris qui étouffe le craquement de ma cheville et mon cri

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental
.
le ballon tombe

momo en fin de volée qui retombe

je tombe…contre le mur où mes lambeaux de rêves viennent se mêler à ceux qui s’y cachent pour y tisser l’instant d’un évanouissement la toile de ce merveilleux rêve qui nous lie…le mur et moi

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d’un mirage doré

Pin pon pin pon!

Un couloir d’hôpital… étendu sur un brancard je compte les ampoules qui défilent…un buste qui se penche, galbé et beau, au bout duquel trône un jolis minois

vous êtes??

-« leïla…l’infirmière de garde« …et le début d’une épique histoire que je vous raconterais une autre fois

– « ben ça va…il garde ses rélexes » je reconnais la voix d’abdel…il s’approche et me souffle à l’oreille en même temps que la fumée de sa clope

– « t’as assuré mon grand…t’as assuré…on a gagné« 

– « toi aussi t’as assuré enfoiré… tu ne m’as pas raté!…files moi une taffe »

leila réprimande…douce leila…je bande…

Sérénité!

Des blouses blanches…un picotement au bras…et le train siffleur qui revient bourré de rêves…Junon, Eccho, la reine de Saba, Eve…et Leïla…en première classe…Ghandi et Nehru m’accompagnent vers le nirvana…

Ou penchés à l’avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles…


Il n’y a pas de lézard…il n’y a pas de lézard…et ne vas encore tâcher l’ésar me fait moman…

Le train s’engouffre dans un tunnel.

La vie est un long match tranquille….

© lambdaoui

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Une réflexion sur “La vie est un long match tranquille…

  1. J’ai lu , j’ai lu , j’ai lu , j’ai lu , j’ai lu , j’ai lu !!!!!!!!!!!!WAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!!!!!!C’est long à sahbi !j’ai adoré le  » il beau ton short » & puis c’est quoi cette histoire avec leila !

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