Regards

photo – magnum
A tous ceux qui semblent penser que la « poésie » se limite à des rimes savamment agencées pour exprimer une vague émotionnelle, laissez moi leur raconter cette petite histoire qui m’a été inspirée suite à une discussion sur un des forums relatif à la poésie de notre charmant site (ecrits-vains.com) :

– Regarde grand père!
L’enfant pointait son doigt en direction de la petite colline sur leur droite tout en tiraillant la robe poussiéreuse du vieil homme. La caravane se traînait comme un serpent harassé par le soleil de plomb qui semblait prendre un malin plaisir à les suivre partout.
– Comment appelle-t-on cet arbre? je n’en ai jamais vu de plus beau!
– Quel arbre je ne vois rien du tout!
L’enfant éberlué regarda son grand père puis l’arbre…puis de nouveau son grand père
– Là grand père! ..cet arbre géant aux feuilles pourpres et luisantes comme les rubis sur l’épée du prince d’ashgar…l’histoire que tu me racontes tous les soirs pour m’endormir.
– Je ne vois rien petit! il baissa la tête et regarda l’enfant, fronçant les sourcils d’un air perplexe…non.. aucun signe du mal des sables n’était visible sur le visage étonné et serein de l’enfant qui, à son regard émerveillé, devait sûrement contempler quelque chose de fabuleux.
Il attrapa le bras d’Ali qui remontait à contre courant la caravane, une outre sur le dos, à la recherche d’une soif qu’il épanchait d’une eau parfumée au « qatran » [1]servie dans un petit bol en cuivre.
– Vois-tu quelque chose…là bas sur cette colline?
Ali jeta un bref regard dans la direction indiquée et s’éloigna en riant
– Il n’y a rien du tout à part ta mort certaine si tu reste planté là à regarder les mirages de ta cervelle ramollie!
Le vieil homme était fatigué d’avancer sans but. Toute sa vie il avait sillonné le désert pour satisfaire les autres. Il se tourna vers l’enfant
– Prêtes moi ton regard petit!
L’enfant lui tendit son regard innocent.
Et il le vit! dans toute sa splendeur, résumant de son ombre toute la poésie du monde. Il entendit les rimes profondes chantées par ses feuilles merveilleuses. Toute son existence il l’avait cherché en vain. Toutes ces nuits passées à chanter sous les étoiles ses refrains…sa faim.
Il était là! à la portée d’un regard enfantin. Il prit la main de l’enfant qui souriait et se dirigea vers la colline.
– Viens petit! rentrons chez nous……

La poésie à toujours été là. Nous ne la faisons pas; nous l’exprimons seulement. Chacun à sa manière, en fonction des capteurs sensoriels dont nous a doté la nature et que notre héritage culturel à aiguisé…peaufiné. J’aurais tant aimé chanter mes vagues émotionnelles à la manière d’un Rimbaud d’un Hugo, d’un Appolinaire, d’un N’Guyen, d’un Almoutanabi ..mais je ne saurais faire. En suis-je moins poète pour autant? Ce soir pourtant, à la veille d’une nouvelle guerre, il ne me vient qu’une seule envie; celle de pleurer. Sur mes yeux embués se dessine le regard désuet ,du reste d’enfant qui est en moi, sur ce qu’aurait pu être le monde.
Je sais que mes larmes couleront longtemps encore après que la dernière bombe se sera tue. Je me demanderais alors si les enfants, errant entre les décombres, jetterons encore ce même regard innocent, que j’arrive encore à leur emprunter par moments, sur ce qui sera leur nouveau monde.
Il me tarde tant de rentrer chez moi aussi……..

[1] qatran : Traduction littérale de l’huile de cade en arabe

kb…écrit juste la veille de l’invasion Irak (encore…) 🙂

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