retraite

Jeudi dernier,15h30 dans la salle de réunion de notre direction. Un buffet est élégamment dressé. Toute une variété de plateaux de gâteaux et de différents jus, le tout coiffé d’une petite touche conviviale qui vient briser harmonieusement l’austérité habituelle de la salle par la présence pertinente de petits vases habilement fleuris, placés ça et là sur les tables.
les invités commencent à arriver par petits groupes, tous des collègues il va de soi, pour assister à ce petit pot d’adieu offert par une partie de ces mêmes collègues à quatre de nos vétérans au visage marqué par l’émotion et par les assauts du temps, complexe combinaison qui donne toute sa gravité et sa solennité à ce cérémonial maison.
L’ambiance très virile glissait petit à petit, à coups de claques sur le dos et de poignées « pinces à pression », vers les blagues potaches en attendant l’auguste présence du directoire.
Le taux de testostérone monte d’un cran par l’entrée en scène du secrétariat du directoire, tout en seins, poussant à craquer d’une démarche féline une robe moulante à vous démanger furieusement les mains d’une envie subite de pelotage.
D’un feulement étudié la tigresse annonce la présence imminente du lion…enfin c’est l’image que le directoire s’évertuait à entretenir dans l’imaginaire collectif de l’entreprise.
Pas énorme en fin de compte la tête pensante de l’entreprise, minuscule même comparé à son salaire empilé en liasses de billets de cent.
Quelques hyènes départementales en chef, aux dents plus pointues que leur profil, prennent la parole par la gorge, la bouche en cul de poule au blanc bec, pour assouvir un arrivisme démesuré et nous pomper un air déjà assez étriqué par le décolleté de la fauve, patronne des seins, par des formules usées, empestant la salle d’une odeur douce-amère de botte mal léchée.
La voix de son maître prend enfin une parole concupiscente, empruntant plus au sifflement qu’au rugissement, pour nous prouver à tous – les quatre mousquetaires déposant leur épée n’étant qu’un prétexte – son savoir faire discoureur. Pendant que la chefferie nous vantait dans une phraséologie à la hauteur de sa sincérité, ce qui veut dire au ras des pâquerettes naines, les innombrables vertus des futurs abonnés à la retraite mutualiste, la sous chefferie quant à elle nous jouait, de manière magistrale, la « béate attitude » à coups de mimiques digne de Marceau. Toutes les manifestations expressives de l’admiration servile défilaient sur leur visages devenus écran réflecteur de la 8ème merveille du monde. Dans le miroir de leur prunelles, le tribun devenait géant.
Finalement, à cours d’apostrophes, la rhétorique dirigeante s’englua rapidement dans le balbutiement et le euuuh de circonstance.
Ayant été désigné par les collègues pour prononcer l’allocution officielle témoignant le respect à nos futurs ex-collègues, je repris en mon sein, non sans avoir maté furieusement celui de la féline, la parole agonisante sur les lèvres du directoire. Apres l’avoir décrassée et revigoré d’un raclement de gorge je pris sur moi de redorer le blason, gravement terni, de la déesse parole.
C’est là que je me suis rendu compte que durant toute une carrière nous n’avons que très rarement l’occasion de parler devant un auditoire attentif à vos propos. C’est très impressionnant…tellement impressionnant que mes jambes en vinrent à trembler et que mon souffle en perdition ne trouva son salut que sur le promontoire aux pitons agressifs qui donnaient tout son titre de noblesse au poitrail de l’assistanat à la direction. Il était fichtrement bien assisté le chef…normal qu’il ne soit jamais en panne d’inspiration aussi branlante fut-elle.
Soutenu par ces flotteurs inespérés j’évitai donc de sombrer dans les eaux troubles du ridicule et ma foi, ne m’en sortis pas trop mal dans ma rhétorique improvisée. J’ai peut être l’air de bloguer comme ça(normal nous sommes dans un blog), mais je vous assure que l’émotion était vraiment là. Les gars qui partaient méritaient vraiment le respect. Ils avaient tous plus de 40 années de « boîte », consacrées à l’exécution minutieuse des missions leurs ayant été confiés. Ils partaient sans doute avec pas beaucoup d’argent en poche mais certainement avec un respect et une reconnaissance, inestimables, de la part de tous leurs collègues. Un respect arraché par les milliers d’heures de travail consacrées à l’édification du savoir faire de notre compagnie. Un respect et une estime qui sont en quelque sorte la « médaille » qui récompense ces années d’abnégation. Mais toute médaille à un revers et ces heures consacrées à leur tâche professionnelles, bien au delà du réglementaire, ont aussi été « volées » à leurs vies privées…et à ceux et celles qui les partagent avec eux…épouses et enfants. De ce fait ils ont contracté envers eux une dette éternelle. Une dette dont ils pourront, maintenant, s’acquitter largement, leur emploi du temps leur ayant été restitué. qu’ils en fassent bon usage.
Je tenais, à travers ce post, s’ils le lisent peut-être un jour, à leur réitérer encore une fois tout mon humble respect et le témoignage de mon amitié.
Abdel…. mohamed…houssine ..omar…que les vents de la liberté vous soient favorables pour mener à bon port tous vos voeux de bonheur.

Votre ami

Khalid benslimane

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